Le carrelage était déjà par terre quand le propriétaire m’a appelé. Il voulait être sûr que la colle sous ses carreaux ne contenait pas d’amiante — mais il avait déjà cassé. J’ai fait quatre prélèvements : tout est revenu négatif. Cette fois. Voici pourquoi ce réflexe, pourtant le bon, aurait dû venir avant le premier coup de burin.
À retenir
- Colle de carrelage, colle de moquette, dalle de sol : des matériaux courants qui peuvent contenir de l’amiante dans un bâti d’avant le 1ᵉʳ juillet 1997.
- Aucun œil ne peut le dire : seule une analyse en laboratoire accrédité tranche.
- Le repérage amiante avant travaux est obligatoire pour le donneur d’ordre dès qu’une entreprise intervient sur un immeuble d’avant 1997.
- Casser d’abord, vérifier ensuite, c’est libérer les fibres avant même de savoir. Le bon ordre est l’inverse.
« Le carrelage était déjà déposé »
Le logement, dans le secteur mulhousien, datait d’avant 1997 — donc en pleine période où l’amiante était encore autorisé dans les matériaux de construction. Le propriétaire refaisait ses sols. Il m’a appelé avec une bonne question : la colle sous son ancien carrelage pouvait-elle contenir de l’amiante ? Sauf qu’au moment de l’appel, le carrelage était déjà déposé, cassé, en tas.
J’ai réalisé quatre prélèvements sur les matériaux en présence : deux sur la colle de carrelage, un sur une dalle de sol, un sur la colle de moquette qui restait dessous. Chaque échantillon est parti en analyse dans un laboratoire accrédité.
Verdict : les quatre résultats négatifs. Aucune fibre d’amiante. Le soulagement, pour lui — et pour moi. Mais je retiens surtout le « cette fois », parce que l’ordre des opérations, lui, n’était pas le bon.
Le piègePourquoi la colle de carrelage est un piège
Le carreau lui-même ne contient presque jamais d’amiante. Le piège est en dessous : la colle, le ragréage, parfois une ancienne dalle ou une colle de moquette superposées au fil des rénovations. Ce sont des matériaux invisibles, recouverts, auxquels personne ne pense — et qu’un repérage réalisé pour une vente ne va pas forcément chercher.
Or ce sont précisément eux qu’on attaque de plein fouet quand on dépose un sol : au burineur, à la ponceuse, au marteau. Si l’un de ces matériaux contient de l’amiante, l’opération le réduit en poussière et disperse les fibres dans tout le logement. C’est là, dans le geste de dépose, que se concentre le risque — pas dans le carrelage qu’on voit.
Si un seul de ces quatre échantillons était revenu positif, l’histoire changeait de dimension. Il aurait fallu évaluer l’empoussièrement — mesurer la concentration de fibres par litre d’air — pour déterminer le niveau de risque, puis confier la dépose à une entreprise spécialisée, avec confinement et protections adaptées. Et surtout : le carrelage étant déjà déposé, les fibres auraient potentiellement déjà été libérées dans le logement, respirées, sans la moindre précaution. Le résultat négatif l’a protégé. Le bon ordre l’aurait protégé quoi qu’il arrive.
On y pense trop souvent une fois les travaux commencés
C’est le travers le plus fréquent que je rencontre : la question de l’amiante arrive après le premier coup de masse, quand le doute s’installe, quand la poussière est déjà retombée. À ce stade, le repérage ne protège plus personne du geste qui vient d’être fait — il ne fait que constater après coup.
Le repérage avant travaux n’a de sens qu’à un seul moment : avant. Avant de déposer, avant de poncer, avant de percer. C’est la seule position où il joue son rôle, celui d’éviter l’exposition plutôt que de la mesurer une fois qu’elle a eu lieu.
Le cadre légalCe que dit la réglementation
L’obligation de repérage amiante avant travaux est fixée par le décret n°2017-899 du 9 mai 2017 (articles R.4412-97 et suivants du Code du travail) et, pour les immeubles bâtis, par l’arrêté du 16 juillet 2019, avec la norme NF X 46-020 comme référence. Elle s’impose au donneur d’ordre — le propriétaire ou le maître d’ouvrage — dès qu’une opération est susceptible d’exposer des travailleurs à l’amiante, dans tout immeuble dont le permis de construire est antérieur au 1ᵉʳ juillet 1997.
Dans les faits, ce repérage reste trop souvent négligé au moment de démarrer un chantier. Certaines entreprises hésitent à le réclamer, par crainte d’alourdir la relation avec le client. C’est un mauvais calcul : démarrer sans repérage, c’est exposer les intervenants — et se placer soi-même en défaut. Le repérage avant travaux ne complique pas le chantier, il protège tous ceux qui y touchent, l’artisan le premier.
Questions fréquentesVos questions sur l’amiante avant travaux
Mon carrelage contient-il de l’amiante ?
Peut-on voir à l’œil si une colle contient de l’amiante ?
Je fais mes travaux moi-même, suis-je concerné ?
Quand faut-il faire le repérage ?
Que se passe-t-il si de l’amiante est trouvé ?
Un doute sur un sol, une colle, un revêtement ?
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